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Déclaration introductive le 10 juin 2010

Mesdames et messieurs, M. Constâncio, nouveau vice-président de la BCE, et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons maintenant vous faire part des conclusions de la réunion qui s’est tenue aujourd’hui, et à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Leur niveau actuel demeure approprié. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations devenues disponibles depuis notre réunion du 6 mai 2010, nous continuons de tabler sur la poursuite d’une évolution modérée des prix à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Les tensions inflationnistes mondiales risquent de persister, tandis que les tensions d’origine interne sur les prix devraient rester faibles. Les dernières informations recueillies ont également confirmé que la reprise économique dans la zone euro s’est poursuivie au premier semestre 2010, mais les taux de croissance trimestriels devraient être relativement irréguliers. À plus long terme, l’économie de la zone euro devrait progresser à un rythme modéré, dans un contexte de tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et d’incertitude exceptionnellement forte. Notre analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial.

La politique monétaire prendra toutes les mesures qui s’imposent pour maintenir la stabilité des prix dans la zone euro à moyen terme. Il s’agit là de la contribution nécessaire et centrale de la politique monétaire pour favoriser une croissance économique soutenable, la création d’emplois et la stabilité financière. Toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de fortes tensions sur les marchés financiers, qualifiées de « mesures de soutien renforcé au crédit » ainsi que le Programme pour les marchés de titres (Securities Market Programme) sont pleinement conformes à notre mission et, par construction, de nature temporaire. Nous restons fermement déterminés à maintenir la stabilité des prix à moyen et à long termes, et l’orientation de la politique monétaire ainsi que la fourniture globale de liquidité y seront adaptées. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l’ensemble des évolutions au cours des prochaines semaines.

Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Après une période de fort recul, l’activité économique dans la zone euro progresse depuis mi-2009. Selon la première estimation d’Eurostat, le PIB en volume de la zone euro a crû de 0,2 % en rythme trimestriel au premier trimestre 2010. Alors que les mauvaises conditions météorologiques, en particulier, ont pesé sur la croissance en début d’année, les indicateurs économiques les plus récents montrent qu’un rebond s’est produit au printemps. En ce qui concerne la période à venir, le Conseil des gouverneurs s’attend à une progression du PIB en volume à un rythme modéré et encore irrégulier au fil du temps et d’une économie comme d’un secteur à l’autre de la zone euro. La reprise en cours au niveau mondial, et son incidence sur la demande extérieure adressée à la zone euro, conjuguée à l’orientation accommodante de la politique monétaire et aux mesures adoptées pour rétablir le bon fonctionnement du système financier, devrait soutenir l’économie de la zone euro. Toutefois, la reprise de l’activité devrait être freinée par le processus d’ajustement des bilans dans différents secteurs et les médiocres perspectives sur le marché du travail.

Ce diagnostic se retrouve également dans les projections macroéconomiques de juin 2010 établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro, selon lesquelles la croissance annuelle du PIB en volume devrait se situer entre 0,7 % et 1,3 % en 2010 et entre 0,2 % et 2,2 % en 2011. Par rapport aux projections des services de la BCE publiées en mars 2010, la fourchette de croissance du PIB en volume a été revue légèrement à la hausse pour cette année, en raison de l’incidence positive d’une activité mondiale plus soutenue à court terme ; la fourchette a été revue quelque peu à la baisse pour 2011, reflétant essentiellement les perspectives relatives à la demande intérieure. Ces projections de juin 2010 établies par les services de l’Eurosystème sont globalement conformes aux prévisions des organisations internationales.

D’après l’évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur les perspectives économiques sont globalement équilibrés, dans un contexte marqué par une incertitude exceptionnellement élevée. S’agissant des aspects positifs, le redressement de l’économie mondiale et des échanges extérieurs pourrait se révéler supérieur aux attentes, continuant par là même à soutenir les exportations de la zone euro. En revanche, des inquiétudes subsistent quant à un regain de tensions sur certains compartiments des marchés financiers et aux effets de confiance associés. De plus, des interactions négatives plus fortes ou de plus longue durée qu’attendu entre l’économie réelle et le secteur financier, de nouvelles hausses des cours du pétrole et des autres matières premières, des pressions protectionnistes ainsi que la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux pourraient exercer une incidence à la baisse.

En ce qui concerne l’évolution des prix, selon l’estimation rapide d’Eurostat, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est établie à 1,6 % en mai 2010, après 1,5 % en avril. Le regain d’inflation au cours de ces derniers mois reflète essentiellement le renchérissement de l’énergie. Pour le second semestre de l’année, de nouvelles hausses légères de l’inflation mesurée par l’IPCH ne peuvent être exclues. Au-delà, les taux d’inflation devraient rester globalement modérés. Les tensions inflationnistes sur les prix des matières premières pourraient persister, tandis que les tensions d’origine interne sur les prix devraient rester faibles. Les anticipations d’inflation à moyen et long termes restent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de juin 2010 établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro, qui tablent sur une hausse annuelle de l’IPCH comprise entre 1,4 % et 1,6 % pour 2010 et entre 1,0 % et 2,2 % pour 2011. Par rapport aux projections macroéconomiques de mars 2010 établies par les services de la BCE, ces fourchettes ont été légèrement revues à la hausse, principalement en raison du renchérissement des prix en euros des matières premières. Les prévisions publiées par des organisations internationales dressent un tableau comparable dans l’ensemble.

Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix sont globalement équilibrés. Les risques à la hausse à moyen terme sont notamment liés à l’évolution des cours des matières premières. En outre, les relèvements de la fiscalité indirecte et des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder dans les prochaines années. Dans le même temps, les risques pesant sur les évolutions des prix et des coûts intérieurs sont limités. Globalement, le Conseil des gouverneurs continuera de suivre attentivement l’évolution future de l’ensemble des indicateurs de prix disponibles.

S’agissant de l’analyse monétaire, le taux de croissance annuel de M3 est resté inchangé à – 0,1 % en avril 2010. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé a encore légèrement augmenté et est devenu positif, tout en demeurant faible, à 0,1 %. Au total, ces données continuent de conforter le diagnostic d’un rythme d’expansion monétaire sous-jacent modéré et de tensions inflationnistes à moyen terme contenues. Les évolutions à court terme de M3 et des prêts sont demeurées volatiles et, sous l’effet du regain de tensions observé sur certains compartiments des marchés financiers, la volatilité de M3 et de ses composantes pourrait bien persister.

La croissance effective de M3 continue de sous-estimer le rythme d’expansion monétaire sous-jacente, mais l’incidence baissière de la pente relativement accentuée de la courbe des rendements et les mouvements de report qui en découlent vers les dépôts et les titres à plus long terme non inclus dans M3 s’atténuent progressivement. Cela vaut également pour les arbitrages au sein de M3 observés en réponse aux écarts réduits entre les taux appliqués aux différents instruments de M3. À 10,7 %, la croissance annuelle de M1 demeure très soutenue.

La progression annuelle toujours faible des prêts bancaires au secteur privé masque des flux mensuels positifs depuis plusieurs mois déjà. Dans le même temps, ces évolutions agrégées continuent de refléter principalement le renforcement actuel de la croissance des prêts au logement consentis aux ménages, alors que la progression annuelle des prêts aux sociétés non financières est restée négative. Une réaction décalée des prêts aux sociétés non financières aux évolutions de l’activité économique constitue une caractéristique normale du cycle conjoncturel.

Les informations les plus récentes confirment que le processus de réduction de la taille des bilans des banques s’est interrompu depuis le début de l’année. Cependant, de nouveaux ajustements ne peuvent être exclus et le défi auquel les banques restent confrontées consiste à faciliter l’accès du secteur non financier au crédit lorsque la demande se redressera. Pour relever ce défi, les banques doivent se tourner vers le marché pour continuer de renforcer leur assise en fonds propres et, le cas échéant, utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de la recapitalisation.

En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations devenues disponibles depuis notre réunion du 6 mai 2010, nous continuons de nous attendre à ce que l’évolution des prix reste modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Les tensions inflationnistes mondiales risquent de persister, tandis que les tensions d’origine interne sur les prix devraient rester faibles. Les dernières informations recueillies ont également confirmé que la reprise économique dans la zone euro s’est poursuivie au premier semestre 2010, mais les taux de croissance trimestriels devraient être relativement irréguliers. À plus long terme, l’économie de la zone euro devrait progresser à un rythme modéré, dans un contexte de tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et d’incertitude exceptionnellement forte. Le recoupement des conclusions de notre analyse économique avec celles de l’analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l’ensemble des évolutions au cours des prochaines semaines.

S’agissant des politiques budgétaires, le Conseil des gouverneurs salue la décision récemment prise par les pays de la zone euro de mettre officiellement en place un Fonds européen de stabilité financière. Ce dispositif doit aller de pair avec une action résolue des gouvernements. Il est essentiel que tous les pays respectent leurs engagements de corriger les niveaux importants de déficit budgétaire et de dette publique ainsi que de réduire leur vulnérabilité budgétaire. À cette fin, les mesures concrètes d’assainissement nécessaires à la réalisation des objectifs budgétaires doivent être parfaitement définies. Tous les pays doivent faire en sorte que la confiance dans la soutenabilité des finances publiques soit garantie. Le Conseil des gouverneurs se félicite de constater qu’un certain nombre de pays de la zone euro affichant les déficits les plus élevés et des niveaux de dette en forte hausse aient adopté des mesures supplémentaires d’assainissement budgétaire et défini des objectifs budgétaires plus ambitieux. À cet égard, nous avons pris note des orientations du printemps 2010 relatives aux politiques budgétaires dans la zone euro, définies le 7 juin par les ministres des Finances de la zone, et nous nous félicitons de leur engagement à prendre des mesures supplémentaires, le cas échéant, afin de garantir la réalisation des objectifs budgétaires pour 2010 et au-delà. Il est en effet essentiel que les nouveaux objectifs budgétaires soient atteints. Le Conseil des gouverneurs approuve pleinement la priorité accordée par les ministres à l’interruption et à l’inversion de la hausse du ratio de dette et salue leur engagement à prendre immédiatement des mesures à cet effet.

Dans tous les pays de la zone euro, des réformes structurelles permettant de renforcer la croissance et l’emploi sont essentielles pour soutenir une reprise durable. Les pays concernés doivent s’attaquer de toute urgence aux problèmes de compétitivité existants, ainsi qu’aux déséquilibres internes et externes. À cette fin, les négociations salariales devraient permettre aux salaires de s’ajuster de façon appropriée à la compétitivité et à la situation du chômage. De même, il est essentiel de prendre des mesures permettant d’accroître la flexibilité des prix et la compétitivité hors-prix. Enfin, une restructuration appropriée du système bancaire devrait jouer un rôle important. Des bilans sains, une gestion efficace des risques et des modèles d’activité transparents et robustes sont déterminants pour renforcer la résistance des banques aux chocs, garantir un accès adéquat au financement et mettre ainsi en place les fondements propres à assurer durablement la croissance économique, la création d’emplois et la stabilité financière.

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