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Déclaration introductive le 9 juin 2011

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion qui s'est tenue aujourd'hui, et à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser les taux directeurs de la BCE inchangés. Les informations devenues disponibles depuis notre réunion du 5 mai 2011 confirment la persistance de tensions à la hausse sur l'inflation, liées principalement aux prix de l'énergie et des matières premières. Le rythme sous-jacent d'expansion de la monnaie se redresse progressivement. La liquidité monétaire demeure abondante, ce qui pourrait favoriser la matérialisation des tensions sur les prix dans la zone euro. En outre, les données les plus récentes confirment la tendance positive de l'activité économique dans la zone, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Dans l'ensemble, l'orientation de notre politique monétaire demeure accommodante, soutenant ainsi l'activité économique. Globalement, les risques pesant sur les perspectives de stabilité des prix sont orientés à la hausse. En conséquence, une grande vigilance s'impose. Sur la base de notre évaluation, nous agirons de manière résolue et en temps opportun. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour empêcher que l'évolution récente des prix ne crée des tensions inflationnistes généralisées. Nous demeurons fermement déterminés à garantir un ancrage solide des anticipations d'inflation dans la zone euro à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Il s'agit là d'une condition indispensable pour que la politique monétaire apporte une contribution durable à la croissance économique et à la création d'emplois dans la zone euro.

Le Conseil des gouverneurs a également décidé, ce jour, de continuer à conduire ses opérations principales de refinancement sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie, aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu'à la fin de la neuvième période de constitution de réserves de 2011, le 11 octobre 2011. Cette procédure sera également maintenue pour les opérations de refinancement exceptionnelles de l'Eurosystème dont la durée correspond à une période de constitution de réserves, qui continueront d'être effectuées aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu'à la fin du troisième trimestre 2011. Le taux fixe de ces opérations de refinancement exceptionnelles sera identique à celui des opérations principales de refinancement au même moment. De plus, le Conseil des gouverneurs a décidé de conduire les opérations de refinancement à plus long terme d'une durée de trois mois dont l'adjudication doit intervenir le 27 juillet, le 31 août et le 28 septembre 2011 sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie. Le taux de ces opérations d'une durée de trois mois sera égal à la moyenne des taux des opérations principales de refinancement effectuées pendant la durée de ces opérations à plus long terme.

Comme nous l'avons déjà souligné à plusieurs reprises, la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication des opérations de refinancement seront ajustés le moment venu, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire.

Permettez moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Au premier trimestre 2011, la zone euro a enregistré une forte croissance de son PIB en volume, de 0,8 % en glissement trimestriel, après une hausse de 0,3 % au quatrième trimestre 2010. Les données statistiques et les indicateurs tirés d'enquêtes publiés récemment dénotent la poursuite de la croissance de l'activité économique dans la zone euro au deuxième trimestre de cette année, mais à un rythme plus lent. Cette atténuation traduit le fait que la forte croissance du premier trimestre a résulté pour partie de facteurs exceptionnels dont les effets vont cesser au deuxième trimestre. Dès lors, il convient de faire abstraction de cette volatilité à court terme et de souligner la dynamique de fond positive de l'activité économique au sein de la zone euro. Dans les prochains mois, les exportations de la zone euro devraient bénéficier de l'expansion actuelle de l'économie mondiale. En parallèle, au vu du niveau satisfaisant de la confiance des chefs d'entreprise de la zone euro, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance économique, soutenue par l'orientation toujours accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour améliorer le fonctionnement du système financier. Toutefois, l'activité devrait continuer d'être quelque peu freinée par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.

Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de juin 2011 établies par les services de l'Eurosystème pour la zone euro, qui tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume comprise entre 1,5 % et 2,3 % en 2011 et entre 0,6 % et 2,8 % en 2012. Par rapport aux projections macroéconomiques de mars 2011 établies par les services de la BCE, la fourchette pour 2011 a été revue à la hausse, tandis que celle pour 2012 demeure globalement inchangée. Les projections publiées en juin 2011 par les services de l'Eurosystème sont globalement conformes aux prévisions récentes des organisations internationales.

D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques restent globalement équilibrés, dans un contexte d'incertitude élevée. D'une part, la confiance affichée par les chefs d'entreprise pourrait apporter un soutien plus important que prévu à l'activité économique dans la zone euro et le renforcement de la demande en provenance de l'étranger pourrait également apporter une contribution plus forte que prévu à la croissance. D'autre part, des risques à la baisse sont liés aux tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et à leurs répercussions potentielles sur l'économie réelle de la zone euro. D'autres risques à la baisse ont trait à de nouvelles hausses des cours de l'énergie, à des pressions protectionnistes ainsi qu'à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.

En ce qui concerne l'évolution des prix, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 2,7 % en mai selon l'estimation rapide d'Eurostat, après 2,8 % en avril. Les taux d'inflation relativement élevés observés au cours des derniers mois reflètent dans une large mesure le renchérissement de l'énergie et des matières premières. L'inflation va probablement rester nettement supérieure à 2 % au cours des prochains mois. Des tensions à la hausse sur l'inflation, principalement exercées par les prix de l'énergie et des matières premières, sont également perceptibles en amont de la chaîne de production. Il demeure primordial que l'accentuation de la hausse de l'IPCH n'entraîne pas des effets de second tour sur le processus de fixation des prix et des salaires et ne fasse pas apparaître des tensions inflationnistes généralisées. Les anticipations d'inflation doivent rester solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les projections macroéconomiques de juin 2011 établies par les services de l'Eurosystème pour la zone euro prévoient une hausse annuelle de l'IPCH comprise entre 2,5 % et 2,7 % en 2011 et entre 1,1 % et 2,3 % en 2012. Par rapport aux projections établies en mars 2011 par les services de la BCE, la fourchette définie pour l'IPCH en 2011 a été révisée en hausse, reflétant essentiellement le renchérissement de l'énergie. L'intervalle de projection pour 2012 s'est légèrement resserré. Il convient de rappeler que ces projections établies par les services de l'Eurosystème dépendent d'un certain nombre d'hypothèses purement techniques, relatives notamment aux cours du pétrole, aux taux d'intérêt et aux taux de change. En particulier, on suppose que les prix du pétrole reculeront légèrement et que les taux d'intérêt à court terme augmenteront, conformément aux anticipations du marché. Dans l'ensemble, les projections reflètent l'opinion selon laquelle les taux d'inflation élevés observés récemment n'entraînent pas de tensions inflationnistes plus généralisées dans la zone euro.

Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme demeurent orientés à la hausse. Ils sont notamment liés au renchérissement plus important que prévu de l'énergie. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Enfin, des risques à la hausse peuvent également résulter de tensions plus fortes que prévu sur les prix intérieurs, dans un contexte d'utilisation croissante des capacités de production dans la zone euro.

S'agissant de l'analyse monétaire, le rythme d'expansion annuel de M3 s'est établi à 2,0 % en avril 2011, après 2,3 % en mars. Abstraction faite de la récente volatilité, la croissance de l'agrégat monétaire large M3 a continué de se renforcer au cours des derniers mois. Le taux de croissance annuel des prêts octroyés au secteur privé s'est légèrement accentué à 2,6 % en avril, après 2,5 % en mars. Globalement, le rythme d'expansion monétaire sous-jacent se redresse progressivement. Dans le même temps, la liquidité monétaire accumulée avant la période de tensions sur les marchés financiers demeure abondante et pourrait faciliter la matérialisation des tensions sur les prix dans la zone euro.

En ce qui concerne les composantes de M3, le taux de progression annuel de M1 a diminué en avril, tandis que la croissance des autres dépôts à court terme s'est renforcée. Cette évolution s'explique en partie par la hausse régulière de la rémunération de ces dépôts au cours des derniers mois. Parallèlement, la forte pente de la courbe des rendements implique un effet modérateur sur la croissance de l'ensemble de M3, étant donné qu'elle réduit l'attractivité des actifs monétaires par rapport à des instruments à plus long terme mieux rémunérés non compris dans M3. Toutefois, les données disponibles laissent à penser que cet effet pourrait être en train de s'estomper.

Du côté des contreparties, la croissance des prêts aux sociétés non financières s'est à nouveau légèrement accentuée, ressortant à 1,0 % en avril, après 0,8 % en mars. La progression des prêts aux ménages s'est établie à 3,4 % en avril, sans changement par rapport au mois précédent. Les données les plus récentes confirment la poursuite d'un renforcement progressif de la croissance annuelle des prêts au secteur privé non financier.

La taille globale des bilans des banques est restée pratiquement inchangée ces derniers mois, en dépit d'une certaine volatilité. Il est important que les banques continuent de renforcer l'octroi de concours au secteur privé, dans un contexte de raffermissement de la demande. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de consolider leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation. En particulier, les banques qui ont actuellement un accès limité au financement de marché doivent de toute urgence augmenter leurs fonds propres et améliorer leur efficacité.

En résumé, au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les taux directeurs de la BCE. Les informations devenues disponibles depuis notre réunion du 5 mai 2011 confirment la persistance de tensions à la hausse sur l'inflation, liées principalement aux prix de l'énergie et des matières premières. Un recoupement des conclusions de l'analyse économique avec celles de l'analyse monétaire indique que le rythme sous-jacent d'expansion de la monnaie se redresse progressivement. La liquidité monétaire demeure abondante, ce qui pourrait favoriser la matérialisation des tensions sur les prix dans la zone euro. En outre, les données les plus récentes confirment la tendance positive de l'activité économique dans la zone, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Dans l'ensemble, l'orientation de notre politique monétaire demeure accommodante, soutenant ainsi l'activité économique. Globalement, les risques pesant sur les perspectives de stabilité des prix sont orientés à la hausse. Par conséquent, une grande vigilance s'impose. Sur la base de notre évaluation, nous agirons de manière résolue et en temps opportun. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour empêcher que l'évolution récente des prix ne crée des tensions inflationnistes généralisées. Nous demeurons fermement déterminés à garantir un ancrage solide des anticipations d'inflation dans la zone euro à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Il s'agit là d'une condition indispensable pour que la politique monétaire apporte une contribution durable à la croissance et à la création d'emplois dans la zone euro.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, toutes les parties impliquées dans la préparation des budgets nationaux pour 2012 doivent s'assurer qu'elles se conforment pleinement à l'exigence de soutenir la confiance dans les politiques budgétaires. Une comparaison entre les dernières prévisions économiques établies par la Commission européenne et les programmes budgétaires figurant dans les programmes de stabilité montre que de nombreux pays doivent étayer leurs objectifs budgétaires au moyen de mesures d'assainissement concrètes afin de corriger leurs déficits excessifs dans les délais convenus. La mise en œuvre de stratégies d'assainissement budgétaire crédibles est primordiale compte tenu des tensions persistantes sur les marchés financiers.

Dans le même temps, il faut que des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur soient mises en œuvre d'urgence dans la zone euro afin de renforcer considérablement sa compétitivité, sa flexibilité et sa croissance potentielle à long terme. En particulier, les pays dont les déficits budgétaire et extérieur sont élevés ou qui souffrent d'une perte de compétitivité doivent rapidement mettre en œuvre de vastes réformes économiques. S'agissant des marchés de produits, des politiques destinées à stimuler la concurrence et l'innovation doivent être vigoureusement poursuivies pour favoriser la croissance de la productivité. Sur le marché du travail, la priorité doit être accordée au renforcement de la flexibilité des salaires et des incitations à exercer un emploi ainsi qu'à la suppression des rigidités.

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