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Déclaration introductive - le 8 décembre 2011
Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion du Conseil des gouverneurs qui s’est tenue aujourd’hui.
Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de réduire les taux directeurs de la BCE de 25 points de base, après la baisse de 25 points de base décidée le 3 novembre 2011. L’inflation devrait rester supérieure à 2 % au cours des prochains mois, avant de revenir en deçà de 2 %. L’intensification des tensions sur les marchés financiers continue de freiner l’activité économique dans la zone euro et les perspectives économiques restent soumises à une incertitude élevée et à des risques à la baisse importants. Dans ce contexte, les tensions sur les coûts, les salaires et les prix dans la zone euro devraient demeurer modérées à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Dans le même temps, le rythme sous-jacent d’expansion de la masse monétaire reste modéré. Globalement, il est essentiel que la politique monétaire s’attache au maintien de la stabilité des prix à moyen terme, garantissant par là même un ancrage solide des anticipations d’inflation dans la zone euro à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des niveaux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est une condition indispensable pour que la politique monétaire contribue à la croissance économique et à la création d’emplois dans la zone euro.
Dans le cadre de ses efforts continus pour soutenir la situation de liquidité des banques de la zone euro, et à la suite de l’action coordonnée annoncée par les banques centrales le 30 novembre 2011, visant à fournir de la liquidité au système financier mondial, le Conseil des gouverneurs a également décidé ce jour l’adoption de nouvelles mesures non conventionnelles. Ces mesures doivent permettre un meilleur accès du secteur bancaire à la liquidité et faciliter le fonctionnement du marché monétaire de la zone euro. Elles devraient favoriser l’octroi de crédits aux ménages et aux sociétés non financières. Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs a décidé :
Premièrement, d’effectuer deux opérations de refinancement à plus long terme d’une durée de 36 mois et assorties d’une option de remboursement anticipé après un an. Ces opérations seront effectuées sous la forme d’appels d’offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie. Le taux de ces opérations sera égal à la moyenne des taux des opérations principales de refinancement effectuées pendant leur durée respective. Les intérêts seront versés à l’échéance de chacune des opérations. L’adjudication de la première opération interviendra le 21 décembre 2011 ; elle remplacera l’opération principale de refinancement d’une durée de 12 mois annoncée le 6 octobre 2011.
Deuxièmement, d’accroître la disponibilité des garanties en abaissant le seuil de notation pour certains titres adossés à des actifs (ABS). Outre les ABS déjà éligibles aux opérations de l’Eurosystème, les ABS ayant une deuxième meilleure notation d’au moins « simple A » dans l’échelle de notation harmonisée de l’Eurosystème au moment de l’émission, et à toute date ultérieure, et dont les actifs sous-jacents comprennent des prêts hypothécaires et des prêts aux petites et moyennes entreprises, seront éligibles en garantie des opérations de crédit de l’Eurosystème. En outre, les banques centrales nationales seront autorisées, à titre temporaire, à accepter en garantie des créances privées performantes supplémentaires (à savoir des prêts bancaires) respectant des critères d’éligibilité spécifiques. La responsabilité de l’acceptation de ces créances privées incombera à la banque centrale nationale autorisant leur utilisation. Ces mesures prendront effet dès la publication des actes juridiques concernés.
Troisièmement, de réduire le taux des réserves, qui est actuellement de 2 %, à 1 %. Cette mesure libérera des garanties et soutiendra l’activité du marché monétaire. En raison de la politique pratiquée par la BCE consistant à servir la totalité des soumissions dans ses opérations principales de refinancement et de la façon dont les banques font usage de cette option, le système des réserves obligatoires n’a plus autant de nécessité que dans des circonstances normales pour orienter les conditions du marché monétaire. Cette mesure prendra effet à compter de la période de constitution commençant le 18 janvier 2012.
Quatrièmement, de cesser temporairement, à compter de la période de constitution débutant le 14 décembre 2011, d’effectuer des opérations de réglage fin le dernier jour de chaque période de constitution. Il s’agit d’une mesure technique destinée à soutenir l’activité du marché monétaire. Un communiqué de presse détaillé sera publié ce jour à 15h30 sur le site Internet de la BCE. Comme souligné à plusieurs reprises, toutes les mesures non conventionnelles sont, par construction, de nature temporaire.
Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Le PIB en volume de la zone euro a augmenté de 0,2 % en rythme trimestriel au troisième trimestre 2011, sans changement par rapport au trimestre précédent. Les données tirées d’enquêtes font état d’un ralentissement de l’activité économique au quatrième trimestre de l’année en cours. Un certain nombre de facteurs semblent freiner la dynamique de fond de la croissance dans la zone euro. Au nombre de ceux-ci figurent une modération du rythme de croissance de la demande mondiale et les effets défavorables, pour les conditions de financement globales et pour la confiance, qui résultent des tensions actuellement observées sur les marchés de la dette souveraine de la zone euro, ainsi que le processus d’ajustement des bilans des secteurs financier et non financier. Cependant, nous tablons sur un redressement de l’activité économique de la zone euro, quoique très progressif, au cours de l’année à venir, soutenu par la fermeté de la demande mondiale, du niveau très bas des taux d’intérêt à court terme et de l’ensemble des mesures adoptées pour soutenir le fonctionnement du secteur financier.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de décembre 2011 établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro, qui tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume comprise entre 1,5 % et 1,7 % en 2011, entre 0,4 % et 1,0 % en 2012 et entre 0,3 % et 2,3 % en 2013. Par rapport aux projections macroéconomiques de septembre 2011 établies par les services de la BCE, la fourchette relative à la prévision de croissance du PIB en volume a été resserrée pour 2011 et fortement révisée à la baisse pour 2012. Ces révisions reflètent principalement l’incidence sur la demande intérieure du recul de la confiance et de la détérioration des conditions de financement, découlant de l’incertitude accrue liée à la crise de la dette souveraine, ainsi que des révisions à la baisse de la demande extérieure.
Le Conseil des gouverneurs estime que d’importants risques à la baisse pèsent sur les perspectives économiques de la zone euro, dans un contexte d’incertitude élevée. Les risques à la baisse sont liés notamment à la nouvelle intensification des tensions sur les marchés financiers de la zone euro et à leurs répercussions potentielles sur l’activité économique réelle de la zone. Ils ont également trait à l’activité économique mondiale, qui pourrait être plus faible que prévu, à des pressions protectionnistes ainsi qu’à la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.
Pour ce qui concerne l’évolution des prix, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est établie à 3,0 % en novembre, selon l’estimation rapide d’Eurostat, sans changement par rapport aux deux mois précédents. Les taux d’inflation se situent à des niveaux élevés depuis la fin de l’année dernière, principalement en raison du renchérissement de l’énergie et des autres matières premières. Ils devraient rester supérieurs à 2 % au cours des prochains mois, avant de revenir en deçà de 2 %. Ce scénario reflète les anticipations selon lesquelles, dans un contexte de ralentissement de la croissance dans la zone euro et à l’échelle mondiale, les tensions sous-jacentes sur les coûts, les salaires et les prix dans la zone euro devraient également rester modérées.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de décembre 2011 établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro, qui prévoient une hausse annuelle de l’IPCH comprise entre 2,6 % et 2,8 % pour 2011, entre 1,5 % et 2,5 % pour 2012 et entre 0,8 % et 2,2 % pour 2013. Par rapport aux projections macroéconomiques de septembre 2011 réalisées par les services de la BCE, les fourchettes de prévision pour 2011 et 2012 ont été légèrement revues à la hausse. Cette évolution résulte de l’incidence haussière du renchérissement du pétrole en euros, ainsi que de la contribution plus forte de la fiscalité indirecte. L’incidence haussière de ces facteurs devrait largement contrebalancer les ajustements à la baisse des marges bénéficiaires et de la progression des salaires qui sont liés à la révision en baisse de l'activité.
Le Conseil des gouverneurs continue de considérer les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix à moyen terme comme globalement équilibrés. S’agissant des facteurs haussiers, les principaux risques ont trait à de nouvelles augmentations de la fiscalité indirecte et des prix administrés, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Les principaux risques à la baisse sont liés à l’incidence d’une croissance plus faible qu’escompté dans la zone euro et dans le monde.
S’agissant de l’analyse monétaire, le rythme d’expansion annuel de M3 a diminué pour s’établir à 2,6 % en octobre 2011, après 3,0 % en septembre. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé, corrigé des cessions de prêts et de la titrisation, est ressorti à 3,0 % en octobre, contre 2,7 % en septembre. Comme lors des deux mois précédents, les données monétaires pour octobre reflètent une incertitude accrue sur les marchés financiers.
Du côté des contreparties, les taux de croissance annuels des prêts accordés aux sociétés non financiers et aux ménages, corrigés des cessions de prêts et de la titrisation, sont demeurés globalement inchangés en octobre, à 2,3 % et 2,5 % respectivement. Les taux de croissance non corrigés ont été moins élevés, en raison de la forte activité de titrisation constatée en octobre. Dans l’ensemble, les chiffres concernant les prêts n’indiquent pas que l’intensification des tensions sur les marchés financiers a affecté de manière significative l’offre de crédit jusqu’en octobre. Toutefois, ces effets étant susceptibles de se manifester avec un décalage dans le temps, un suivi très attentif des évolutions du crédit s’impose au cours de la période à venir.
Considéré dans la perspective de moyen terme appropriée et abstraction faite de la volatilité à court terme, le rythme d’expansion monétaire sous-jacent reste globalement modéré.
La solidité des bilans des banques constituera un facteur essentiel pour réduire les éventuelles interactions négatives liées aux tensions sur les marchés financiers, facilitant ainsi un apport approprié de financements à l’économie au fil du temps. L’accord conclu lors du Conseil européen du 26 octobre portant le ratio de fonds propres durs des banques à 9 % d’ici fin juin 2012 devrait accroître la résilience du secteur bancaire à moyen terme. À cet égard, il est primordial que les autorités nationales de surveillance veillent à ce que la mise en œuvre des plans de recapitalisation des banques ne nuise pas au financement de l’activité économique dans la zone euro.
En résumé, l’inflation devrait demeurer supérieure à 2 % au cours des prochains mois, avant de descendre en-dessous de 2 %. L’intensification des tensions sur les marchés financiers continue de freiner l’activité économique dans la zone euro et les perspectives demeurent soumises à une incertitude élevée et à d’importants risques à la baisse. Dans ce contexte, les tensions sur les prix, les coûts et les salaires dans la zone euro devraient rester faibles à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Un recoupement avec les signaux provenant de l’analyse monétaire confirme ce scénario, le rythme sous-jacent d’expansion de la masse monétaire restant modéré.
En ce qui concerne les politiques budgétaires, tous les gouvernements de la zone euro doivent, de toute urgence, faire le maximum afin de favoriser la soutenabilité budgétaire dans l’ensemble de la zone. Un nouveau pacte budgétaire, comprenant à la fois une réaffirmation fondamentale des règles budgétaires et les engagements budgétaires déjà pris par les gouvernements de la zone euro, constitue la condition préalable la plus importante pour restaurer le fonctionnement normal des marchés financiers. Les responsables politiques doivent corriger les déficits excessifs et tendre vers des budgets équilibrés au cours des années à venir, en déterminant et en mettant en œuvre les mesures d’ajustement nécessaires. Cette évolution favorisera la confiance du grand public quant à la solidité des actions entreprises, renforçant ainsi le climat économique général.
Pour accompagner l’assainissement budgétaire, le Conseil des gouverneurs a appelé à maintes reprises à des réformes structurelles audacieuses et ambitieuses. Menés de pair, l’assainissement budgétaire et les réformes structurelles renforceraient la confiance, les perspectives de croissance et la création d’emplois. Des réformes fondamentales doivent être immédiatement mises en œuvre afin de permettre aux pays de la zone euro d’améliorer leur compétitivité, d’accroître la flexibilité de leurs économies et de rehausser leur croissance potentielle de long terme. Les réformes du marché du travail doivent s’attacher à éliminer les rigidités et à accentuer la flexibilité des salaires. Les réformes des marchés de produits doivent viser à l’ouverture complète de ces marchés à une concurrence accrue.
Banque de France
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