Allez au contenu ,Allez à la navigation

Déclaration introductive - 12 Janvier 2012

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Permettez-moi de vous souhaiter à tous une très bonne année. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion du Conseil des gouverneurs qui s’est tenue aujourd’hui.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser les taux directeurs de la BCE inchangés, après les baisses de 25 points de base décidées les 3 novembre et 8 décembre 2011. Les informations devenues disponibles depuis début décembre confirment globalement notre évaluation précédente. L’inflation devrait rester supérieure à 2 % au cours des prochains mois, avant de revenir en deçà de ce niveau. Dans le même temps, le rythme sous-jacent d’expansion de la masse monétaire reste modéré. Comme prévu, la persistance de tensions sur les marchés financiers continue de freiner l’activité économique dans la zone euro, tandis que certains indicateurs récents tirés d’enquêtes font état des premiers signes de stabilisation de l’activité à des niveaux très bas. Les perspectives économiques demeurent soumises à une incertitude élevée et à des risques à la baisse importants. Dans ce contexte, les tensions sur les coûts, les salaires et les prix dans la zone euro devraient rester modérées et les taux d’inflation évoluer en ligne avec la stabilité des prix à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Globalement, il est essentiel que la politique monétaire  maintienne la stabilité des prix à moyen terme, garantissant par là même un ancrage solide des anticipations d’inflation dans la zone euro à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des niveaux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est une condition indispensable pour que la politique monétaire contribue à la croissance économique et à la création d’emplois dans la zone euro. Une analyse très approfondie de l’ensemble des données disponibles et des évolutions au cours des mois à venir s’impose. 

La fourniture de liquidité et les modes d’adjudication des opérations de refinancement continueront de soutenir les banques de la zone euro, et donc le financement de l’économie réelle. Le recours massif à la première opération de refinancement d’une durée de trois ans indique que nos mesures non conventionnelles de politique monétaire apportent une contribution substantielle à l’amélioration des conditions de financement des banques, soutenant ainsi la situation financière et la confiance. En outre, nous travaillons activement à la mise en œuvre de l’ensemble des mesures annoncées lors de notre réunion de décembre, qui devraient apporter un soutien supplémentaire à l’économie. Comme souligné à plusieurs reprises, toutes les mesures non conventionnelles de politique monétaire sont de nature temporaire.

Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Le PIB en volume de la zone euro a augmenté de 0,1 % en rythme trimestriel au troisième trimestre 2011. Un certain nombre de facteurs semblent actuellement freiner la dynamique de fond de la croissance dans la zone euro. Parmi ceux-ci figurent la croissance modérée de la demande mondiale et la faible confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs de la zone euro. La demande domestique devrait être freinée par les tensions actuellement observées sur les marchés de la dette souveraine de la zone euro, ainsi que par le processus d’ajustement des bilans des secteurs financier et non financier. Cependant, nous continuons de tabler sur un redressement, certes progressif, de l’activité économique de la zone euro au cours de l’année 2012, soutenu par l’évolution de la demande mondiale, le niveau très bas des taux d’intérêt à court terme et l’ensemble des mesures adoptées pour consolider le fonctionnement du secteur financier. 

Le Conseil des gouverneurs estime que d’importants risques à la baisse continuent de peser sur les perspectives économiques de la zone euro, dans un contexte d’incertitude élevée. Ces risques sont liés, notamment, à une nouvelle intensification des tensions sur les marchés de la dette de la zone euro et à leurs répercussions potentielles sur l’activité économique réelle de la zone. Ils ont également trait à l’activité économique mondiale, à des pressions protectionnistes ainsi qu’à la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.

Pour ce qui concerne l’évolution des prix, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est établie à 2,8 % en décembre 2011, selon l’estimation rapide d’Eurostat, après 3,0 % au cours des trois mois précédents. Ce fléchissement était attendu et résulte d’un effet de base baissier lié aux prix de l’énergie. Les taux d’inflation se situent à des niveaux élevés depuis fin 2010, principalement en raison du renchérissement de l’énergie et des autres matières premières. Ils devraient rester supérieurs à 2 % au cours des prochains mois, avant de revenir en deçà de ce niveau. Ce scénario reflète les anticipations selon lesquelles, dans un contexte de  croissance plus faible dans la zone euro et à l’échelle mondiale, les tensions sous-jacentes sur les coûts, les salaires et les prix dans la zone euro devraient rester modérées. 

Le Conseil des gouverneurs continue de considérer les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix à moyen terme comme globalement équilibrés. S’agissant des facteurs haussiers, les principaux risques ont trait à de nouvelles augmentations de la fiscalité indirecte et des prix administrés, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années, et à des hausses possibles des prix des matières premières. Les principaux risques à la baisse sont liés à l’incidence d’une croissance plus faible qu’escompté dans la zone euro et dans le monde. 

S’agissant de l’analyse monétaire, considéré dans la perspective de moyen terme appropriée, le rythme d’expansion monétaire sous-jacent demeure modéré. Le taux de croissance annuel de M3 est revenu à 2,0 % en novembre 2011, après 2,6 % en octobre. Comme lors des trois mois précédents, les évolutions monétaires en novembre ont été affectées par l’incertitude accrue sur les marchés financiers. 

Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé, corrigé des cessions de prêts et de la titrisation, est revenu à 1,9 % en novembre, après 3,0 % en octobre. Les taux de progression annuels des prêts accordés aux sociétés non financières et aux ménages, corrigés des cessions de prêts et de la titrisation, ont fléchi en novembre, ressortant à 1,8 % et 2,3 %, respectivement, des flux mensuels légèrement négatifs étant observés s’agissant des prêts des IFM aux sociétés non financières. Globalement, en dépit du ralentissement de la croissance des prêts, les chiffres concernant l’activité de prêt ne suggèrent pas jusqu’à présent que l’intensification des tensions sur les marchés financiers ait entraîné un resserrement significatif du crédit dans l’ensemble de la zone euro jusqu’en novembre. Dans le même temps, ces effets étant susceptibles de se manifester avec un décalage dans le temps, un suivi très attentif des évolutions du crédit s’impose au cours de la période à venir.

La solidité des bilans des banques, confortée par le renforcement des fonds propres, sera un facteur essentiel pour faciliter un apport approprié de financements à l’économie au fil du temps. Il est primordial que la mise en œuvre des plans de recapitalisation des banques ne nuise pas au financement de l’activité économique dans la zone euro. 

En résumé, les informations disponibles confirment globalement notre précédente évaluation. L’inflation devrait demeurer supérieure à 2 % au cours des prochains mois, avant de revenir en deçà de ce niveau. Comme prévu, la persistance de tensions sur les marchés financiers continue de freiner l’activité économique dans la zone euro tandis que certains indicateurs récents tirés d’enquêtes font état des premiers signes de stabilisation de l’activité à un bas niveau. Les perspectives économiques demeurent soumises à une incertitude élevée et à des risques à la baisse importants. Dans ce contexte, les tensions sur les prix, les coûts et les salaires dans la zone euro devraient rester modérées et les taux d’inflation évoluer en ligne avec la stabilité des prix à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Un recoupement avec les signaux provenant de l’analyse monétaire confirme ce scénario, le rythme sous jacent d’expansion de la masse monétaire restant modéré. 

S’agissant des politiques budgétaires, les gouvernements de la zone euro doivent faire le maximum pour favoriser la soutenabilité budgétaire en corrigeant les déficits excessifs conformément aux calendriers convenus et en s’acheminant vers un équilibre ou un excédent structurel à moyen terme. Les dérapages dans la mise en œuvre des programmes d’assainissement budgétaire dans les pays vulnérables doivent être corrigés rapidement à l’aide d’améliorations budgétaires structurelles. S’agissant des nouvelles dispositions relatives au cadre de gouvernance économique de l’UE qui est entré en vigueur récemment, il est capital que tous ses éléments soient mis en œuvre de façon rigoureuse. Seules des politiques ambitieuses, capables de prévenir et de corriger les déséquilibres macroéconomiques et budgétaires, favoriseront la confiance du grand public dans la solidité des actions entreprises, renforçant ainsi le climat économique général. 

Le Conseil des gouverneurs se félicite de l’accord du Conseil européen, annoncé le 9 décembre 2011, de s’orienter vers une union économique renforcée. Le nouveau pacte budgétaire, comprenant à la fois une réaffirmation fondamentale des règles budgétaires et les engagements déjà pris par les gouvernements de la zone euro, constitue une contribution importante pour garantir la soutenabilité à long terme des finances publiques dans les pays de la zone euro. La formulation des règles doit être dépourvue d’ambiguïté et efficace. Le processus de développement des instruments de la stabilité financière européenne doit améliorer l’efficacité du fonctionnement du Fonds européen de stabilité financière et du Mécanisme européen de stabilité. Le déploiement rapide de ces instruments s’impose d’urgence aujourd’hui. En ce qui concerne l’implication du secteur privé dans l’assistance financière aux pays endettés, nous accueillons avec satisfaction la réaffirmation du caractère unique et exceptionnel des décisions relatives à la dette grecque qui ont été prises le 21 juillet et les 26 et 27 octobre 2011. 

Pour accompagner l’assainissement budgétaire, le Conseil des gouverneurs appelle à la mise en œuvre urgente de réformes structurelles audacieuses et ambitieuses. Menés de pair, l’assainissement budgétaire et les réformes structurelles renforceraient la confiance, les perspectives de croissance et la création d’emplois. Des réformes fondamentales doivent être rapidement mises en œuvre afin de permettre aux pays de la zone euro d’améliorer leur compétitivité, d’accroître la flexibilité de leur économie et de rehausser leur croissance potentielle de long terme. Les réformes des marchés de produits doivent viser à leur ouverture complète à une concurrence accrue. Les réformes du marché du travail doivent s’attacher à éliminer les rigidités et à accentuer la flexibilité des salaires. 

Nous nous tenons maintenant à votre disposition pour toutes vos questions.


 





Banque de France
Direction de la Communication
Service de Presse
48 rue Croix des Petits Champs
75049 PARIS CEDEX 01

Tél. : 01 42 92 39 00 – Télécopie : 01 42 60 36 82
Internet : www.banque-france.fr

Haut de la page